Un label d’écoconception web pour plus de sobriété

Le rapport “Pour une sobriété numérique” de the shift project, montre que la mise en place d’un label est urgente pour promouvoir la sobriété numérique. Au premier abord, la mise en place d’un label d’éco-conception numérique peut paraître simple. Cependant, le numérique est très vaste : plusieurs types (sites web, applications smartphone, objets connectés, etc), […]

Un label d’écoconception web pour plus de sobriété

Un label d’écoconception web pour plus de sobriété

Le rapport “Pour une sobriété numérique” de the shift project, montre que la mise en place d’un label est urgente pour promouvoir la sobriété numérique.

Au premier abord, la mise en place d’un label d’éco-conception numérique peut paraître simple. Cependant, le numérique est très vaste :

  • plusieurs types (sites web, applications smartphone, objets connectés, etc),
  • plusieurs langages (java, js, ruby, php, …),
  • et repose sur diverses infrastructures (serveurs, réseau, terminaux, cloud etc).

Les acteurs responsables du numérique ont besoin d’un label pour valoriser cet engagement et surtout le numérique a besoin d’un label pour essaimer auprès du plus grand nombre ces bonnes pratiques d’éco-conception.

L’objectif premier d’un label numérique responsable est d’évaluer l’impact environnemental d’un service numérique (logiciel, site web, application mobile, etc…). Par extension, cela doit permettre la diffusion des services numériques plus vertueux. Un label doit également faciliter la communication entre les spécialistes et les novices (clients, utilisateurs finaux). Il semble intéressant qu’une note finale soit attribuée au service numérique, comme pour un frigo avec un système de notation du type “note énergétique” (voir le principe de WEA). Cela permet de comparer les frigos entre eux, même si on ne connait rien en motorisation de frigo. Cette comparaison est stimulante pour se challenger et tirer le numérique vers la sobriété.

Le grand public est encore peu sensibilisé par l’impact environnemental du web, et se focalise trop sur la phase d’utilisation d’un service numérique. Beaucoup d’idées fausses circulent et doivent être combattues. Un label doit permettre de faire évoluer les consciences auprès du plus grand nombre avec un discours pédagogique voir ludique.

Au travers d’un label, les acteurs du numérique pourraient valoriser leur travail. Comme pour le RGAA (accessibilité), il faut un label reconnu et crédible pour sanctionner le niveau d’éco-conception du service. Aujourd’hui les sites web des organismes publiques doivent être conformes au RGAA. Il serait bénéfique d’obtenir la même situation pour un numérique plus responsable.

Cependant, est ce qu’un label de ce genre est applicable dans notre cas ? Le numérique responsable c’est le fait de juger si l’impact environnemental qu’occasionne une fonctionnalité est justifié. Est-ce que la balance pollution vs bénéfice est rationnel ? La réponse n’est jamais binaire, il s’agit de juger si une fonctionnalité est frugale. Un site sobre est un site qui répond à un vrai besoin. C’est la règle la plus importante, bien avant la technique. Dans le cadre d’un label, juger si une fonctionnalité est utile est difficilement mesurable (laisse place à l’interprétation).

De plus, certaines règles sont trop dépendantes de la stack technique. Par exemple, une bonne pratique est de regrouper les fichiers css. Est-ce que c’est toujours le cas en HTTP/2 grace au multiplexage des requêtes ? Surtout que cette règle est impactée par le cache navigateur. Comment faire un label dans ces conditions ? surtout que cela va trop vite ; on parle déjà de HTTP/3, les impacts de la 5G sur les stratégies de communication sont aussi à revoir. On parle aussi déjà de la 6G….

Ces approches par le contrôle de bonnes pratiques semblent chimériques. Alors que fait-on ? comment pivote-t-on ? Est-ce que l’on peut s’inspirer du secteur du BTP (genre RT2012) qui fonctionne avec une approche par obligation de moyen ? La maîtrise d’oeuvre doit pouvoir justifier qu’elle utilise des outils adaptés (mesures, scoring …) par le biais de services comme WebPageTest, eco-meter, eco-index, LightHouse, Yslow, Greenspector, Wouab … L’idée c’est de suivre sur tout le cycle de développement s’il y a des pics de consommation de ressources et relever si les bonnes pratiques d’éco-conception sont appliquées.

Les outils favorisent la qualité et la performance mais il faut veiller au “gras bio” (fonctionnalité techniquement éco-conçue mais inutilisée ). Pour cela, la MOE doit justifier ses choix d’éco-conception (sobriété fonctionnelle, design …). Cette méthode pourrait être renforcée avec une étude utilisateurs pour vérifier si les fonctionnalités correspondent aux attentes et si le service est accessible pour eux.  Dans tous les cas, il faut que ce label contrôle toutes les phases d’une ACV (ISO 14044)

Dernière problématique, qui juge de l’obtention du label ? Un robot ne semble pas suffisant. En effet, un processus automatisé ne sera pas suffisant pour juger l’efficience, la frugalité, les choix d’éco-conception. Un organisme de contrôle, est pertinent mais cela a un coût important. Dans le cadre d’un petit site web, il faut limiter les couts. Dernière solution, l’auto-contrôle, l’idée de responsabiliser la MOE est séduisante mais elle décrédibilise un peu le label car il n’y a pas de contrôle externe. Au final, la solution est peut-être un mix de ces possibilités :

  • Obligation de moyen avec l’adoption d’outils adaptés afin de contrôler la bonne application des règles d’éco-conception.
  • Justification sur la sobriété fonctionnelle
  • Effectuer une validation par un organisme externe compétent ou des spécialistes agréés

De plus en plus d’acteurs souhaitent un label, et aujourd’hui (mars 2019) la Fing s’investit par le biais du projet Reset pour coordonner tous les acteurs. Souhaitons que cela puisse aboutir et surtout qu’il y ait une appropriation massive de ce label.

Aenean ut venenatis tempus tristique Nullam et, risus. mattis mi,